01.06.2011

Je suis malade

Je n’écris plus. Il faut que je reprenne. Les livres ont été « rangés », mais sens dessus dessous. Beckett est perdu. Je dois écrire sans Beckett. Je suis malade. J’ai fini par remettre la main sur la trilogie. Ni chaud ni froid. Même Beckett ne tient plus. Si peu de joie. Tant d’angoisse. J’ai déplacé des dizaines de livres que je n’ai pas lus. Je suis épuisé. J’écris quelques mots, pour voir si je peux écrire quelques mots. Je peux écrire quelques mots. L’envie revient. À vide. Je suis parfaitement seul. La solitude ne me convient pas. La compagnie non plus, du moins celle qui est possible. Je fume. Je vais de mon lit à l’ordinateur, de l’ordinateur à mon lit. Je ne dors pas. Le cri des oiseaux m’indiffère, voire me chagrine. Je fume beaucoup. La compagnie m’indiffère, voire me chagrine. Je n’entre pas dans les conversations. Si peu de joie. Je suis bloqué, emmuré. État d’angoisse permanent. J’ai perdu L’entretien infini de Blanchot. Il doit être caché derrière une pile de livres, comme la trilogie de Beckett. Je me demande ce que je vais bien pouvoir me raconter. Je ne vois rien. Je n’entends rien. Je suis malade.

19.02.2011

Ce que nous avons perdu

Je commence déjà à me désintéresser de Bataille. Je voudrais ce dont il parle, non ce qu’il dit. Je suis reconduit à l’« amphigouri poétique ». Combien d’arbres tronçonnés. Extirper ce qui est encore susceptible d’être extirpé. À moins que puisse parler ce qui ne le peut plus. La cervelle en bouillie. Philon d’Alexandrie perdu pendant plusieurs heures. Le langage est fait pour dire l’être. La négation ne peut être que déterminée. Si elle ne l’est pas, le langage détaché de son pivot, le brouillard se lève. Les arbres sont trop déterminés. Le brouillard est une métaphore, un être, déterminé, pour un état, qui ne l’est pas. Je voisine avec ce qui ne peut pas être dit. La communication humaine s’arrête à peu près là. Je demeure, solitaire, les yeux dans le vide. Je réponds mal aux injonctions, comme un homme à demi perdu. Je vais reprendre le travail, mais je ne sais pas si j’en suis capable. Je suis devenu un abruti mutique. Platon, les stoïciens ; Philon d’Alexandrie, Thomas d’Aquin, Descartes, Kant, Nietzsche, Sartre, Bataille. La mesure démesurée de ce que nous avons perdu. Dieu. Ces noms. Ces souvenirs. — Cette poussière.

26.01.2011

Après la destruction

Ce que je pourrais dire mérite-t-il d’être dit ? La question détruit. Je lis Le coupable comme si je lisais ce livre pour la première fois. Bataille y rejette ce qu’il appelle l’« amphigouri poétique ». Le mot « virilité » revient souvent. Le déclin est assumé (l’écriture n’est pas extatique). Je n’y ai pas renoncé. Œil aveugle, ciel regardé par le seul visage, désarmé. Je me suis appauvri. Ma tête est faible. Je viens après la destruction, la langue consumée. Je suis dans un état de survivance incertaine, étonné de trouver quelques mots pour le dire. Je n’ai ni la « légèreté » ni surtout la « désinvolture » de Bataille. Le malheur est mon territoire, mon souffle. Je suis très attentif à ce que dit Bataille de la « chance ». Un homme de mon espèce peut-il encore « espérer » ? Il ne le peut pas. Il continue cependant de « vivre », comme si la « chance » était encore « possible ». Sa « vie » est devenue la fiction de ce « comme si ». La « sensualité » continue à être très activement refoulée. Se concentrant sur le thème de la « mystique athée » ou sur des questions d’ordre plus banalement « philosophique », les interlocuteurs de Bataille en parlent fort peu. La blessure est inguérissable (seule la mort peut la « guérir »). On essaie de neutraliser l’inavouable, mais la vie se moque de cette tentative. — La « sensualité » est indomptable.